L’héritage de Jean-François Séguier

 

L’Hôtel Séguier

« Je viens d’aménager un jardin. Dans un bâtiment que j’y ai fait construire, j’ai placé de nombreuses inscriptions antiques ; j’en ai rangé d’autres dans le jardin. Je voudrais les destiner toutes au public ( …). Je me propose de cultiver dans mon jardin uniquement des plantes curieuses qui feront la joie des botanistes.  » Lettre adressée par Séguier à M. de Saint-Vincent le 7 septembre 1768 cité par E. Mosele, « Un homme de culture à une époque de transition », Un accademico dei Lumi, p. 27

Célibataire, Séguier fit don de sa maison et de ses collections à l’Académie de Nîmes dont il fut son Président (1757), son Secrétaire perpétuel (1765) et son Protecteur (1784) refusant de les vendre à Louis XVI, au roi d’Angleterre, à Catherine de Russie. A sa mort, le 1er septembre 1784, les académiciens continuèrent son action durant une dizaine d’année. A l’époque révolutionnaire, l’Académie fut dissoute, ses biens confisqués. Sa maison, sur la porte de laquelle avait été gravée l’inscription « Hôtel de l’Académie », fut vendue en 1796, puis occupée par divers propriétaires avant d’être acquise par la Ville de Nîmes en 1996.

Ses collections et sa bibliothèque sont réparties entre la bibliothèque municipale qui porta longtemps son nom, le musée d’archéologie et le muséum d’histoire naturelle.

La maison et le jardin

La maison fut  construite entre 1771 et 1772. Alignée le long de la rue, probablement suivant un plan d’urbanisme, elle fut bâtie en blocage, seuls la porte d’entrée, les encadrements des fenêtres, les bandeaux séparant les étages et la corniche étant en pierre.

Entre autre originalités, on peut distinguer la porte-fenêtre du jardin encadrée de deux petites fenêtres, qui présentent, au dessus d’elles des inscriptions, ainsi, qu’au dessus de la porte, la devise de Séguier : « VITEVUR INGENIO CAETERA MORTIS ERUNT » ( On vit par l’esprit, tout le reste appartiendra à la mort)

Les caves proposent une distribution intéressante de la vie domestique au XVIIIe siècle. Elles sont principalement occupées par les cuisines avec deux puits, l’un côté rue, l’autre côté jardin. Demeurent encore dans leur état, le foyer avec des potagers, une grande salle de préparation et des réserves.



Le plan du vestibule adopte de son côté  l’intéressant parti d’une forme ovale qui permet d’oublier le biais du terrain limité par la rue. Son raffinement, assez exceptionnel avec ses quatre niches, n’a d’équivalent à Nîmes qu’avec le vestibule du Palais épiscopal construit à la fin du XVIIe siècle. Il ouvre, de part et d’autre, sur deux pièces qui accueillaient les collections ainsi que la troisième pièce mitoyenne donnant sur le jardin. La bibliothèque, d’une exceptionnelle richesse, comportait aussi des manuscrits, gravures, cartes et  plans, les  cabinets d’histoire naturelle et d’antiquités se situaient à la suite l’un de l’autre. La quatrième était réservée à la salle d’assemblée de l’académie de Nîmes.

Quant au jardin, un projet dessiné par Séguier en 1768 divisait l’espace en six parcelles rectangulaires, chacune accueillant des arbres fruitiers et espèces rares entre lesquelles il disposait des inscriptions antiques. Soixante inscriptions antiques étaient soit à l’air libre dans le jardin soit intégrées dans les façades coté jardin.

La maison Séguier à l’aube du XXIe siècle

Lieu de mémoire, la maison de J.-F. Séguier doit devenir un lieu de rencontres entre des cultures différentes. L’Institut Européen  Séguier se donne comme mission de promouvoir la restauration de cette maison afin qu’elle devienne à nouveau un haut lieu culturel européen. Les activités intéressant tous les domaines de l’activité humaine, politique, économique, scientifique, sociale, littéraire, artistique, artisanale, domestique, religieuse auront lieu sous forme de conférences, expositions, publications, colloques… Les associations culturelles faisant partie de l’Institut auront toute liberté de venir travailler et de se réunir.

Dans le respect du bâtiment du XVIIIe siècle, l’Institut propose de le rendre fonctionnel et conforme aux règles de sécurité.

L’enveloppe financière estimée est à l’heure actuelle de 1 810 000,00 €.
Si la sauvegarde du patrimoine bâti nîmois du XVIIIe siècle, si ce haut lieu de mémoire et cette nouvelle volonté d’en faire un  lieu d’échanges culturels en Europe s’inscrivent dans les objectifs de l’Institut Européen Séguier, la municipalité de Nîmes, le département du Gard, la Région Languedoc-Roussillon, l’Etat doivent s’inscrire comme partenaires financiers. D’autres demandes d’aides se feront auprès de partenaires privés, institutionnels, associatifs à l’échelon de la France, de l’Europe et de l’international.

Pour en savoir plus : Christiane Lassalle, «  La maison de Jean-François Séguier », Mécènes et collectionneurs : actes du 121e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, section histoire moderne et contemporaine, Nice, 1996, 2, Lyon et le Midi de la France, Jean-René Gaborit (dir.) éd.du  CTHS, Paris, 1999.