Les étrangers en France au 16e siècle par Gabriel Audisio
mai 04
Le 14 avril 2011, la salle du Conseil de Unîmes, Centre Vauban, était remplie pour écouter Gabriel Audisio, ancien président de l’Institut Européen Séguier, présenter ses recherches sur la thématique « Les étrangers en France au XVIe siècle », car il y a bien des similitudes avec notre époque : la France est terre d’immigration (¼ de la population actuelle a au moins un grand parent étranger) et la xénophobie galopante n’est pas nouvelle.
Gabriel Audisio a développé trois thèmes : l’approche d’une époque (la France du XVIe siècle n’est pas la même, au début ou à la fin du siècle et, quand on disait « France » c’était essentiellement l’Île de France, au début. Elle est composée de différentes « nations » – Bourguignons, Germains, par exemple. Le siècle tend à uniformiser le territoire, mais il n’y a plus une seule religion et on stigmatise les étrangers).
A partir de deux expressions actuelles : « les étrangers du dehors » et « on ne parle pas de cela devant des étrangers », Gabriel Audisio donne une définition de l’étranger au XVIe : celui qui ne fait pas partie de la communauté (village, province, pays). On distingue le régnicole (celui qui est né et qui vit dans le royaume) de l’aubain (qui vit dans le royaume mais relève d’un autre et qui, de ce fait, ne peut pas tester en faveur de sa famille). De nombreuses mesures ont alors été prises pour attirer les étrangers (le royaume a besoin d’argent, de main d’œuvre) et les repousser (suite à des flambées xénophobes). La solution est la lettre de naturalité, la naturalisation. Mais la démarche est longue et coûteuse, et Gabriel Audisio prend l’exemple de la Provence, récemment unie au royaume de France et où en janvier 1540 le roi applique le droit d’aubaine, inconnu jusqu’alors, ce qui entraîne de fortes résistances.
Quant à la naturalisation, le roi change la nature de l’individu étranger en le naturalisant et en lui permettant de tester, ce qui a pour conséquence de renforcer l’unité territoriale en attachant l’ancien aubain (essentiellement des hommes) à la terre de France. L’étude des registres des Chambres des comptes permet de connaître le nombre des naturalisés, premier pas vers un recensement de la population du royaume qui sera plus précis à la fin du XVIIIe. L’attitude du pouvoir royal par rapport à l’étranger a beaucoup varié au XVIe siècle, où le droit se précise peu à peu.
Des questions ont été posées, qui ont permis à Gabriel Audisio de préciser certains des points qu’il avait abordés dont celui qui veut que, au XVIe comme à notre époque, l’étranger idéal est celui qui cesse de l’être. Il faut cependant distinguer assimilation et naturalisation. Le public a chaleureusement applaudi l’orateur, dont la compétence et la qualité de la parole ont été vivement appréciées.
